mardi 28 juin 2011

Doucement

- Adèle, doucement, ne va pas trop vite. C'est ta petite voix qui te le conseille. Rien ne sert... Tu y perdrais ton âme et ta fierté. Souviens-toi de ces fois où tu as voulu dépasser les limites, la réalité, souviens-toi, tu étais perchée sur un nuage ; ton inconscience te voilait la face. Je me suis même demandée à l'époque si tu n'étais pas naïve... J'espère que tu ne m'en voudras pas. J'espère que ma franchise ne gâchera pas notre amitié, ni ta confiance. Je sais de quoi tu es capable, je sais que les naufrages ne te font plus peur. Alors maintiens loin de toi celui qui est en train de te sonder. Il te tiendra encore plus prisonnière que les précédents, je le sais. Crois-moi. Ecoute-moi.
- Oui, je t'écoute et je te fais confiance. Pour rien au monde je ne t'en voudrais de me confier tes impressions. Quelles soient agréables ou blessantes, peu m'importe, elles me sont très précieuses. Tu seras la seule à me dire réellement ce que tu penses, et c'est ce qui compte. Je vais tenter d'avancer doucement, de ne pas me laisser enivrer. Je n'ai pas envie de retrouver les méandres de la blanche et de l'ivresse.
Sais-tu que j'essaie depuis des semaines et des semaines d'attraper cette lumière qui vient vers moi puis s'enfuie? Sais-tu pourquoi elle semble douter de moi à ce point? Elle parait si sûre d'elle quand je la vois s'approcher de moi et soudainement si craintive. Je sais que le jour où je l'aurais attrapée, tout sera beaucoup plus simple.
Je suis pressée de la sentir entrée en moi, je suis pressée de me sentir réchauffer de son souffle tendre. J'aimerais me fondre en elle comme on se fonderait dans un torrent de fumée douce et luisante.
Regarde, j'ai ralenti. J'espère que tu es fière de moi.

vendredi 24 juin 2011

L'océan nocif

C'est que mon corps me donna bien du mal pour me relever. C'est qu'il me fallut beaucoup de temps pour me rétablir. Tant de temps qu'il est encore impossible de définir. La blessure fut bien profonde, l'océan bien enivrant, et la peine sans nom.
Je me suis laissée aller à ces degrés pour ne plus penser, pour ne plus sentir la peine, et puis je suis partie ivre sur ce bateau qui cette fois-là a véritablement chaviré. Mon corps trop engourdi n'a pas pu le retenir. Avec cela, ma vulnérabilité face à la puissance de ce monstre ne m'a pas permise d'échapper à cette noyade. Je suffoquais, je ne pouvais plus respirer, c'était affreux. Des sanglots accompagnaient ma terrible chute. On sait tous ce que c'est que de retenir son souffle, et de sentir malgré nous notre poitrine gonfler de douleur. On sait tous ce que c'est, oui...
Cet océan, je ne souhaite à personne de le rencontrer, il est dangereux, nocif même. Il nous fait croire aux belles choses, nous fait croire qu'au bout du chemin il y aura le bonheur, la maison, la belle voiture, les trois enfants, et le chien bien sûr. Alors on décide d'embarquer sur un bateau et de traverser tendrement cet océan pour quelques années, autant que possible à vrai dire, mais comme l'océan nous avait menti, eh bien, la croisière est écourtée, le bateau n'arrive plus à naviguer sans chahut. Pauvre navire... qui pensait que l'ocean était sincère et disait vrai. Il n'en est rien. Le bateau tente cependant, et tant bien que mal, de continuer sa route, mais le chaos l'en empêche. C'est là que j'essaie de redresser la barre. Ce qui n'est pas facile pour moi, étant donné que je suis bien plus douée pour conduire une voiture qu'un bateau!! C'est bien la première fois que je m'attelle à ce genre d'exercice et je sens que je vais échouer...
Je déteste les océans, surtout celui-ci. En revanche je vais apprendre à naviguer, mon dévouement alors serait récompensé si d'aventure je me retrouvais à retraverser un nouvel océan...

mercredi 22 juin 2011

L'image

Au loin l'image devient de plus en plus figée, mais encore très floue. Elle se dévoile et fait naître avec elle d'affreux souvenirs. Je n'ai rien demandé enfin! Et pourtant, elle est bien là, vivante, elle est venue pour moi. Elle me transcende d'une violence qui me fait réaliser l'importance de son message.
C'est alors que vient s'entourer tout autour de moi cet effluve qui en ce temps me chargeait les sens. L'image n'était donc pas seule. Mon ventre se noue, je hurle de douleur, mais aucun son ne sort de ma bouche. Ma panique ne change rien, je suis impuissante face à ses deux forces qui ont décidé de me déranger aujourd'hui. Je me souviens de lui, et son parfum qu'il déposait tous les matins sur son torse m'enivrait à l'époque : Il me donne aujourd'hui la nausée. Et alors que mon corps chavire, l'image en face de moi se précise davantage. Je force mes paupières à descendre sur mes pupilles, je veux me protéger, je tente de fuir, mais l'image est bien plus armée que ma volonté. Je suis en train de deviner ce qu'elle est en train de représenter devant moi mais je ne suis tellement pas prête pour l'affronter que je tente en vain de me dégager, tourner la tête, partir, courir, fuir...
Impossible.
Quelle solution? Affronter? Accepter? Subir?
Les souvenirs seront toujours là. Pas le choix.
La blanche saveur du présent apaisé atténue l'image du souvenir perché dans mon inconscient, et parvient délicatement, sans bagarre, à la virer, accompagnée de son effluve citronnée. Ils iront tous deux retrouver les méandres de cette vie houleuse et malsaine qu'ils connaissent déjà et dont ils sont si familiers.
L'image s'est assombrie, et a laissé place à ma lumière tant aimée, celle que je veux attraper. J'y parviendrai...

lundi 20 juin 2011

Et pourtant...

Je m'appelle Adèle, je chavire et pourtant je sais...
Je me rattraperai. Patience... Et je m'en sortirai brillamment. Je ne dois pas me précipiter. Mon acharnement m'emporte, m'éloigne de cette douce lumière dont je parlais et qui est sensée m'apporter secours. Pourquoi toujours aller contre une ressource qui est chargée de nous accorder le meilleur et le soulagement? Au fond de moi j'ai compris quel était le meilleur chemin à emprunter mais je ne sais pas pourquoi, je suis aimantée vers un autre...
Je ne redresserai jamais le navire si je continue comme ça!
Le coeur lourd, la gorge nouée, la larme au creux de mon oeil, pointant à la racine des mes cils, je la sens couler, plonger, glisser comme sur un plongeoir, emportant le mascara qui était déposé là pour me rendre plus belle. Il n'aura pas accompli son devoir : Me voilà dépouillée. Je suis victime de cette pluie, envoûtée, frappée de douleur. Elle dégringole le long de mes joues et laisse une trace, un chemin grisâtre. Je suis enlaidie, je suis nue, je n'ai plus de protection, je n'ai plus de masque.
Si je continue comme ça, je ne me rattraperai jamais!
C'est que j'ai voulu aller trop vite, et ma peine m'a rattrapée, m'a immobilisée. Je suis devenue victime de mes choix, et pourtant je savais...

samedi 18 juin 2011

Mademoiselle Adèle

Je m'appelle Adèle.
Il faut absolument que je m'en aille avant qu'il ne soit trop tard. Oui. Et vite...
Je devine plus loin quelque chose qui... Tout au bout même, tout au fond oui... Je devine cette lumière qui m'indique le chemin que je dois emprunter pour respirer le bon air. Il m'aidera à reprendre mon souffle, juste à temps, au bon moment, quand il le faut, avant qu'il ne soit trop tard. Ecoutez-moi bien, lisez-moi bien et vous comprendrez davantage au fur et à mesure de quoi je parle. Quand vous marcherez seul dans la rue, vous penserez à mes mots et chercherez alors à votre tour cette lumière. Où est-elle? Je ne peux pas vous la donner, je n'en ai pas les moyens, je n'en ai plus la force, mais je lui ai dit qu'il fallait qu'elle vous suive vous tous aussi. Elle vous trouvera et viendra à vous. Croyez-moi.
Je m'appelle Adèle, et je chavire.
Entre chien et loup j'essaie d'y voir clair. On peut toujours y arriver et retrouver le droit chemin, mais ma lutte me parait interminable. Et je vois que l'eau est profonde. Si je n'arrive pas à me maintenir à la surface, je vais véritablement perdre tout le contrôle de mes sens, et celui du bateau qui est sensé m'emmener au bout. Cette lumière est coquine et capricieuse, elle se cache pour me mettre davantage en danger, comme si je ne l'étais pas déjà suffisamment.
Je m'appelle Adèle, je chavire et pourtant je sais....
Mon but dans la vie c'est de devenir la suivante. Alors "qu'est-ce que la suivante?" vous me direz... C'est quoi? Un métier? Un rôle? Une vie?
Avant de comprendre, il faut que j'arrive à m'approcher de cette satanée lumière. Tant que je serai en train de chavirer je n'y arriverai pas.
C'est de ta faute, va!

C'est sa voix qui me fait chavirer

Ta voix dans mon oreille donne à ma main le souffle léger d'une braise brûlante : Il y a laissé une tâche marron, écrasante, bouffante... Douloureuse. Et cependant, malgré la souffrance, je souris, car j'aime le son qui vient de me transporter. Accompagne-moi et suis ces légères et fluettes notes de musique qui viennent de toi, de ton monde, de ta chair, celle qui ne m'appartient plus. Je t'observe ; tu n'es plus le même, plus le même pour nous deux, plus le même pour le futur, pour le reste. Et je déteste ce changement, ce revirement. Je te la laisse ta chair, vive, rouge, coulante, navrante. Tu t'es blessé tout seul, et tes mots, tes notes musique, celle que tu as glissé dans le creux de mon oreille, je te les offre, je te les rends, elles te conviennent bien mieux à toi. Ta voix est rouge, aussi acide que ta chair, et si je parvenais à l'attraper à pleine poignée, je te jure que je ne la lâcherais plus jamais. Mon amour, mon chéri, c'est toi qui m'abandonne... C'est moi qui ne veux pas te faire souffrir, moi qui ne veux que ton bonheur, ta douceur, et non ce visage marqué de multiples fronces. Alors je te laisse éteindre toi-même cette bougie que tu avais tant tenu à allumer devant moi.
Ce n'est pas faute de t'avoir prévenu, pas faute de t'avoir serré fort le bras, pas faute d'avoir tenté, pas faute de m'être battue, pas faute d'avoir pleuré... Je ne veux plus rien entendre.