Le 21 Octobre 2009,
Je me souviens de son regard endeuillé, de la froideur avec laquelle elle m’a saluée un matin d’hiver… Je me souviens de sa force, de la résistance qu’elle a trouvée pour cacher son émotion. Je me souviens de tous ses gestes et clins d’oeils que je salue sans mot. Je me souviens de sa folie, de sa délicatesse. Je me souviens d’une discussion que nous avons eu en voiture pendant un très long trajet vers le sud. Je me souviens de la franchise dont elle s’est servie pour me dévoiler certains de ses souvenirs. Je souviens de déjeuners passés toutes les deux, à discuter de tout, de rien. Je me souviens de tous ces moments partagés, de soirées au théâtre, de cinémas, restaurants. Je me souviens de sa volonté de bien faire mais avec tant de maladresse. Je me souviens de la difficulté avec laquelle elle pouvait gérer ses relations filiales, mais je me souviens surtout de sa présence dans les moments difficiles. Je me souviens de son sourire, de ses éclats de rire, de ses yeux humidifiés par les larmes de joie. Je me souviens de notre complicité. Je me souviens de la fierté qu’elle me donnait. Je me souviens de sa beauté, de sa classe, de son charisme. Je me souviens de l’odeur de sa maison. Je me souviens de celles que nous avons fumées ensemble…
Je me rappelle la fois où elle s’est moquée de moi, de la blessure qu’elle y a laissée, du sentiment qu’elle m’a donné d’être ridicule et moins bien que les autres… Je me rappelle la dureté qui pouvait parfois transparaître d’elle, de la distance qu’elle pouvait soudainement imposer entre celle qu’elle aimait et elle-même. Je me rappelle la peine qu’elle a pu me faire.
Mais j’oublie.
Je me souviens de la fois où elle s’est mise d’un seul coup à danser comme une folle. C’était la dernière fois que je la voyais danser. Je me souviens des journées que j’ai passé avec elle les derniers temps. Je me souviens du soir où je suis arrivée en larmes parce que mon chat venait de mourir. Je me souviens de la conversation durant laquelle je lui ai posé des tonnes de questions pour comprendre ce qui lui arrivait. Je me souviens qu’elle ne voulait pas vraiment répondre. Puis je me souviens, de cette fois où elle s’est mise à pleurer. Je me souviens encore de la culpabilité dont j’ai été emprise, et que je ressens encore parfois aujourd’hui. Je me souviens du dernier moment que j’ai passé près d’elle, de la tension que sa main donnait à la mienne lorsque je lui chantais cette chanson.
Avant de partir.
Je me souviens du baiser que je lui ai déposé sur le front.
Je me souviens du pardon que je lui ai demandé… Après. Des larmes que j’y ai laissé, seule, mais avec elle…
Aujourd’hui, j’imagine qu’elle aurait compris.
Aujourd’hui, je pense que j’aurais partagé.
Aujourd’hui, je pense à elle, je vois des signes.
Peut-être sont-ils affabulés…
Ce chiffre qui me poursuit aujourd’hui me donne le sourire et m’aide à vivre sans elle. Sans toi. Mon « être exceptionnel ».
Demain, cela fera 10 ans, déjà.