jeudi 22 décembre 2011

Le temps

Pas de temps. Si tu le laisses s'écouler, telle une larme sur le visage de ta voisine, tu seras vite effacé des souvenirs. Tu manqueras à l'appel, et ta place aura déjà été convoitée par un habile. Tu auras tardé... Rattrapé par le temps... Il ne tient pourtant qu'à toi... Ne laisses pas les gens décider pour toi, ne te laisses pas entraîner, ne les laisses pas te blesser... Ne te noies pas dans leur amertume. Choisis de prendre la mienne, je te la donne de bon coeur : Tu verras, elle est délicieuse. Pour toujours... Elle a le goût de notre amour, fruit d'une rencontre fortuite. Vrai, n'est-ce pas? Jamais nous nous serions rencontré autrement... Nous ne longerions pas ces murs repeints main dans la main. Alors viens, viens, prends mon amertume et mon âme avec. Creuses, creuses, cherches, et tu trouveras, je te fais confiance, tu es bien assez malin. Mais ne réfléchis pas. Le temps te perdra. Le temps nous tuera. Tu pourras toujours tenter de courir pour le fuir, il te rattrapera, bien avant l'heure. Décides-toi. Méfies-toi, à travers les ombres, il défile, se défile, dessine tout autour de nous notre futur... Où est-il?
Ecoute-moi...
Crois-moi, mes ordres ne sont pas infondés.
Je t'aime. Je te tends ma main encore une fois, prends-la, ne serait-ce qu'un effleurement... J'attraperais la tienne au vol pour ne plus jamais la lâcher. On ira ensemble, avec le temps, il aura pris notre rythme, ce sera noter choix, et mon ventre gonflera. Je ne compterai alors plus les comprimés, encore moins les mois qu'on a laissé au temps nous engloutir. Pour le meilleur et pour le pire je t'ai déjà dit. Je suis là, regarde, je suis là à t'observer, à te regarder veiller, pris d'insomnie, mon moi, mon double, je te caresse le visage et tes yeux se ferment, tu ne peux pas laisser au temps ton sommeil... J'entends ta respiration changée. Tu dors. Je peux à mon tour me laisser bercer.
Je suis pressée, autant que le temps l'est aujourd'hui, j'attends ce moment avec impatience. Je n'écoute pas le temps. Je sais qu'il est là.

Invisible et malicieux.

Viens.
Tu vas y arriver...
Regarde bien, il s'en va.

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